vendredi 11 mai 2018

De Nashville à Greenville, plongée dans le Sud profond - 16 avril au 27 avril

Nous troquons nos boots de cowboy bon marché de Nashville pour de vraies bottes de fermiers du Tennessee et nos magnifiques ponchos de pluie. Notre parcours a consisté à contourner la pointe sud du massif des Appalaches (nos jambes n’étant pas encore prêtes à affronter la montagne), en descendant vers le sud-est de l’état du Tennessee, en traversant le nord de l’état de Géorgie (principale ville sur le passage : Gainesville), pour finalement arriver en Caroline du Sud, à Greenville, le tout pour un peu plus de 750 km.

Ce parcours nous aura fait voyager au milieu de
grands lacs, des grandes fermes familiales et ranchs perchés aux sommets de collines pointues vers Shelbyville, dans des villes modestes mais animées comme Winchester (avec son concours de barbecue par équipe High on the Hog Festival, 12 000 $ à gagner !), plus désœuvrées autour des nombreux lacs comme à Jasper ou South-Pittsburg, ou jeune et énergique comme Chattanooga, ville en pleine gentrification. Nous reprenons également au passage le fuseau horaire de la côte est que nous avions laissé en Floride (une heure de sommeil en moins, mais une heure de soleil en plus le soir pour monter la tente !).





Nous ne passerons pas des lignes et des lignes à décrire les paysages rencontrés car la campagne est tout à fait ressemblante à celle de nos contrées lyonnaises, à savoir des collines verdoyantes ondulant sous un printemps tardif.

Le plus important réside probablement dans toutes ces nouvelles rencontres que nous avons eu l’occasion de faire, au fil de nos péripéties…

Tout d’abord, la pluie, les basses températures en quittant Nashville, les crevaisons à répétition et enfin le passage de vie à trépas de la roue et du frein arrière d'Aymeric, nous ont conduit à rester deux jours chez Gayle à Murfreesboro, dans le Tennessee : ce printemps, cette brillante femme d’Atlanta a mené campagne pour tenter de devenir sénatrice démocrate ; elle est allée à la rencontre des gens sur son vélo (à la fois pour marquer le coup et pour s’entraîner pour un Iron-Man (triathlon longue distance). Elle a perdu contre le candidat républicain après une campagne agressive de dénigrement de leur part. Elle vit dans une petite ferme avec « quelques » animaux pour le fun : trois vaches, une dizaine d’ânes nains, deux chèvres, trois chiens, trois chats, des canards et des poulets. Dans la vie, Gayle est avocate et intervient dans les cas assez fréquents d’intrusions de la religion dans la vie publique (prière dans une école publique, prosélytisme dans les prisons, etc.), rempart contre les dérives théocratiques. Le Tennessee est en effet un des états les plus conservateurs des Etats-Unis, où la religion a tendance à prendre le dessus sur le reste et où les investissements dans l’éducation ne sont pas une priorité, cocktail parfait pour garder des électeurs dociles. 










Notre séjour dans le Tennessee s’est conclu à Chattanooga, la ville que le dérailleur arrière de Claire a décidé de nous faire visiter. Après à peine 30 km d’étape, ce bon vieux Shimano Deore a en effet décidé d’en finir avec la vie quelques kilomètres avant Chattanooga. Encore une fois, nous avons eu de la chance dans nos soucis :
-le dérailleur a cassé devant la maison d’un gars très sympa qui nous amené toutes les pinces qu’ils avaient pour redresser le dérailleur, et nous a fourni en canettes au cas où nous aurions soif ;
-sans logement pour le soir, nous avons appelé en dernière minute (à 17h pour le soir-même) Allie, une hôte Warmshowers habitant à 5km de là et qui a accepté de nous recevoir chez elle pour la nuit ;
-le magasin de vélo du coin, qui avait en stock le bon dérailleur, et a été d’accord pour faire le remplacement en un temps record directement le lendemain matin en dehors des horaires de la boutique. 



Passé le Tennessee, l’entrée en Géorgie a été assez brutale. Dès le passage de la frontière de l’état, le comportement des automobilistes s’est dégradé, jusqu’à en devenir agressif : « get the fuck out of the road » (littéralement « putain, barrez-vous de la route ») est un exemple de ce qu’on a pu entendre quelques minutes avant que Claire ne reçoive un gobelet de soda, balancé depuis une voiture qui nous doublait. C’était probablement une manière de nous baptiser avec la boisson bénite locale. Après avoir changé de route pour sortir de ce trafic de fou, nous avons renoué avec les Georgiens à Chatsworth, notamment grâce aux pompiers qui ont accepté notre tente sur leur pelouse et nous ont ouvert leur caserne pour la nuit. Nous avions une autre option dans la pelouse de l’American Legion de la ville, une sorte de bâtiment officiel des vétérans de l’armée américaine notamment dans lequel se trouve un sombre bar aux murs couverts de moquettes rouges où l’on fume, on boit et on traine entre vétérans avec des jeunes femmes… en tout cas à Chatsworth ne généralisons pas ! 




Nous croiserons néanmoins UN vélo en Géorgie en pleine forêt. Evènement tellement rare que le cycliste en question nous a demandé de nous arrêter pour discuter. Relativement hippie dans son genre (barbu, vieilles fringues, un bouquet de fleurs en plastique sur le sac en dos en guise de vêtement haute visibilité) , il revenait d’un voyage de 6 ans à vélo en Europe et en Asie. 

Plus loin en Géorgie, la montée sur le plateau de Cumberland, nous a fait rencontrer un groupe de retraités américains forts sympathiques dans un petit café-restaurant à proximité de l’université de Sewanee, puis traverser des routes de campagnes en montagnes russes habitées par des chiens qui, eux, n’aiment pas les vélos ! 
Cette partie de l’état est aussi un haut-lieu de la guerre de Sécession, lorsque les armées du Sud ont tout essayé pour freiner l’avancée inexorable de ces nordistes de Yankees en route vers la stratégique ville d’Atlanta. 








La fin de notre périple dans ce doux état de Géorgie aura été bien accompagnée de pluie, continue et forte, nous avons dû acheter et surtout porter de magnifiques ponchos rouges en plastiques, tellement amples qu’ils se gonflent d’air quand on roule. Imaginez la tête des Géorgiens qui voyaient probablement pour la première fois des vélos sur la route, et, qui plus est, des vélos chargés comme les nôtres, avec notre look de bibendums déguisés en Père Noël… ! Nous avons croisé un bon nombre de yeux écarquillés ... 



Et sinon entre deux averses...





...on a gardé le moral comme on pouvait…



Nous avons renoué avec la ville en Caroline du sud, à partir de Greenville, où là encore nous avons pu bénéficier de la grande générosité d’un hôte Warmshowers, David, qui, malgré son absence aux dates de notre passage, nous a laissé l’accès libre à un appartement de location libre situé sur sa propriété. David était en déplacement pour suivre le « pèlerinage des fleurs sauvages » dans les Great Smoky Mountains, car il est pépiniériste et apiculteur sur ses 5 hectares de terrain. Dommage qu’il ait été absent, nous aurions pu discuter abeilles tout le séjour ! 


Technique ancestrale de séchage de chaussures au four - thermostat 3

Greenville en Caroline du Sud (précisons, car il existe plus de 5 villes nommées Greenville aux US dont une autre en Caroline du Nord), fût une étape immanquable de notre parcours pour rendre visite à un ami d’Aymeric, Nicolas, qui s’y est installé depuis plusieurs années. 



En bonus, une petite histoire à prendre avec bien du recul sur une forêt réaménagée en promenades et lieu de camping sauvage que nous avons voulu éviter sur notre parcours, suite à la lecture d’un historique fort peu engageant trouvé sur internet. 
« La petite bourgade de Dawsonville a hébergé entre les années 1950 et 1971 le Laboratoire Nucléaire Aérien de Géorgie (G.N.A.L). Le gouvernement des US a acheté en 1956 environ 5000 hectares de terrain et bois à la famille Tucker. 
La construction du G.N.A.L commença sous le nom de Air Force Plant #67 pour y réaliser des expériences ....Le site hébergeait avant son rachat et sa démolition une vieille maison de style Victorien et la légende urbaine dit que toute la famille qui y vivait a disparu sans laisser de trace (impossible à vérifier nous dit un internaute). L’emplacement de la base nucléaire enterrée fut inondée par le gouvernement après sa déconstruction en 1971. Les anciens bureaux, laboratoires, cuves sont encore présents. Un fort niveau de radiation fut mesurée là-bas à cette époque. L’internaute nous dit que des mutations résultant des laboratoires sont rares certes mais visibles : une biche à deux-tête, un putois à deux queues, un poisson avec plusieurs yeux, des zones forestières où absolument rien ne pousse dessus. Bien entendu aux USA, là où s’implante une base militaire secrète, on relève toujours des signalements d’OVNI, la forêt de Dawson ne fait pas exception. Récemment dans les années 2010, il est raconté qu’un reporter de CNN et son amie campaient à proximité de cet ancien site et ont été réveillé par un bruit très fort, généré par des hélicoptères de l’armée en train de pourchasser un objet volant triangulaire. » 
Il a également été rapporté des mutilations sur du bétail dans les années 1970 et Dawnsonville compte bons nombres de lieux hantés, meurtres, OVNI et même d’apparitions de Big Foot (équivalent américain du Yéti) et l’observation de mystérieuses voitures banalisées du gouvernement. Le meilleur reste la phrase finale « Ce lieu est vraiment inquiétant, croyez-moi » dit-il, avant de conclure sur cette phrase énigmatique « et bien sûr de nuit… soyez bien sûrs d’avoir avec vous des sous-vêtements de rechange »…

Le prochain grand article sera l’occasion de prendre un peu de hauteur et de fraîcheur pour suivre notre route vers la capitale des USA, Washington D.C. !

L'album photo de toutes ces étapes sera consultable sur la page principale du blog :)

2 commentaires:

  1. Hi there,

    Just a little "bonjour" from France.

    We enjoyed your trip story, despite the quite bad weather (but SuperPoncho doesn't mind). We were actually also wet campers this week-end, but caravan is a better way to spend rainy days.

    If you're looking for original sound tracks for further videos, don't forget Simon&Garfunkel's "America", such appropriate in your case when you'll be northward.

    Take care of your souls,

    Lucy, Matilda, Blandine and Pedro

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  2. Hello la Riorges family!
    On pensera à des musiques plus gaies pour les prochaines vidéos, on a encore beaucoup de séquences à monter et à montrer...

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